Mes débuts
Mon chemin et celui de ma sœur Joëlle se croisent et se répondent. Aujourd’hui, Joëlle ne pouvant plus enseigner, je porte seule la Besso Ballet Académie — et je sens que mes élèves doivent connaître le cœur qui les guide.
Depuis toujours, mon corps a cherché la musique. Avant même d’apprendre un pas, je dansais déjà ; le monde me paraissait une scène. À sept ans enfin, après avoir patienté et étudié le solfège et le piano, Madame Teychené m’ouvrit les portes de l’École de danse du Conservatoire de Toulouse. Ce fut le premier vrai souffle.
Très vite, les petits rats participèrent aux ballets d’enfants des opérettes. Le maître de ballet du Théâtre du Capitole, Maître Tony Pardina, choisit huit d’entre nous pour « Valses de Vienne ».
Nous étions de tout petits rats vêtus de fracs bleu ciel et coiffés de hauts-de-forme, défilant au son des valses : nous allions « jouer du violon » sur la gloriette, innocents, fiers, mais sans cordes. Ces soirs-là, la ville semblait trembler d’art — opérettes longues à l’affiche, opéras vibrants — et nous, enfants, goûtions à la magie.
J’ai beaucoup appris du métier de la scène : nous faisions aussi de la figuration, chantions, jouions des scénettes et donnions la réplique à des personnalités comme Luis Mariano, Henri Génès, Fernand Sardou, André Dassary, Georges Guétary, Line May, Jeanine Ribot, Colette Riedenger, Hélène Régelly…
Mariette, la régisseuse, s’occupait beaucoup de nous : ne jamais tourner le dos au public. Les premiers danseurs sur scène étaient des nobles et s’ils tournaient le dos au roi, cela constituait un crime de lèse‑majesté qui pouvait les mener à la Bastille ! Nous étions férus des histoires qu’elle nous racontait, ces récits où la scène devenait légende et les coulisses se peuplaient de secrets.
Les étoiles du ballet répétaient sans relâche, façonnant la beauté par le travail. Très jeune, j’ai compris qu’avant de danser il fallait se « chauffer » pour éviter un accident, et que bien danser demandait beaucoup de travail personnel. J’admirais particulièrement Mademoiselle Yvonne Sourt et sa « Mort du Cygne », le ballet chéri de ma mère.
La scène m’a offert son mystère et sa lumière. Danser n’a jamais été un choix : c’était une adresse, une respiration — et toujours, une joie profonde.
